Un peu plus tard dans la soirée, après quelques contractions de rien du tout, la sage-femme se rend compte que j'ai des anomalies du rythme : pendant les contractions, mon rythme cardiaque diminue fortement. Elle a l'air de s'inquiéter puisqu'elle reste un long moment dans la chambre à surveiller les courbes. Elle les prévient que ça risque de virer à la césarienne. Comme ils demandent des détails sur ce mode d'accouchement, je vois bien à leurs voix, au fur et à mesure qu'ils en apprennent, qu'ils sont dépités et qu'ils aimeraient bien échapper à ça. Le médecin confirme que je risque de ne pas supporter le travail qui n'est même pas encore commencé.
23h20, on va en salle d'accouchement, histoire de se changer les idées. Le médecin appelle Alice qui va gentiment sacrifier son réveillon.
Elle doit rester allongée, car je supporte mieux les contractions dans cette position. On appelle l'anesthésiste pour poser la péridurale. J'entends ma mère demander avec anxiété :
- la péridurale ? c'est obligé ?
- ben c'est mieux, si on doit faire une césarienne en urgence.
Là je sens qu'elle lâche prise, elle n'est plus à une concession près aujourd'hui...
23h30, c'est à ce moment précis que je décide d'agir. Si elle ne veut pas de cette péridurale ni de cette césarienne, c'est que ça doit pas être terrible ni pour elle ni pour moi. Allez, il est temps de montrer le bout de mon nez. Je donne le signal, les contractions sont très fortes et rapprochées, heureusement que mon père est là pour l'aider à gérer la douleur, comme la sage-femme leur avait montré. L'anesthésiste arrive pour faire son boulot, j'accélère la descente du toboggan. ça secoue sacrément, mais en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, sans que personne ne s'y attende, me voilà !
Il est 23h47, l'anesthésiste n'a plus qu'à aller se recoucher. Alice arrive en courant, juste 2 minutes après moi. On me met au chaud contre ma maman qui n'en revient toujours pas. Tout le monde est scié.